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EMIS, c'est cette grande enquête européenne (la plus vaste dans le monde) qui se penche sur la sexualité entre hommes. On vous en parlait il y a un peu moins d'un an sur notre site. Arc-en-Ciel Wallonie s’était associée à la promotion de cette enquête, à côté notamment des sites de rencontre Gayromeo ou Manhunt. 180.000 hommes ont répondu au questionnaire durant l'été 2010, dont pas moins de 4.000 belges. Et voila que l'Institut allemand de santé publique, chargé de la coordination de l'enquête, nous en livre les premiers résultats.
Premier constat, les pratiques sexuelles entre hommes sont variées. L'enquête fait réellement émerger des nuances sur le fameux concept “HSH” (homme ayant une relation sexuelle avec un autre homme) dont les autorités sanitaires se servent pour contourner l’usage du terme “homosexuel”. Bien qu’elles s’en défendent, les HSH et les homos, dans leur esprit c’est chou vert et vert chou (exemple avec cette brochure sur le site de la Croix Rouge). S’il en fallait une preuve, c’est qu’elles ne font aucune différenciation entre les pratiques sexuelles que peuvent avoir les hommes entre eux. On est HSH ou on ne l’est pas, un point c’est tout. Et bien, selon EMIS, il semblerait qu'il y ait HSH et HSH…
En effet, par exemple, en moyenne dans l'Union européenne, 15 % des HSH ont eu une relation sexuelle avec une femme dans les douze derniers mois. Même si ce chiffre tombe à 8 % lorsqu'on ne considère que la Belgique, on ne peut s'empêcher de repenser à une autre étude menée fin des années ‘40 aux Etats-Unis par un certain Docteur Kinsey (qui, rappelons-le, établit une échelle de la bisexualité humaine en sept paliers).
Donc, selon EMIS, un HSH belge sur dix environ aurait plutôt une vie bisexuelle régulière ou récente. Reste neuf sur dix exclusivement attirés par les hommes. Mais voilà, avoir une relation sexuelle entre hommes, ce n'est pas si simple. Pour un homme et une femme, c'est facile, ça s'emboîte bien, c'est fait pour. C'est la nature, c'est comme ça. Et les hétéros ne pratiquent que le coït vaginal, c'est bien connu. Mais deux hommes, ils font quoi ? Ben, il y a la sodomie,… la pénétration anale. En réalité, non. Selon EMIS, la pénétration anale n’est pas la pratique la plus courante. Elle n'est que troisième au palmarès des pratiques favorites chez les HSH. En première place on trouve la fellation. Ensuite, la masturbation réciproque… et enfin, reléguée au troisième rang, la sodomie, tout de même pratiquée par 85% des répondants belges.
Quelle importance me direz-vous ? Mais c'est énorme ! Parce qu'à chacune de ces pratiques sexuelles est associée un taux de transmission du VIH différent. C'est beaucoup plus risqué de pratiquer la sodomie sans capote que la fellation (et je ne vous parle pas de la masturbation réciproque à laquelle est associée un taux de transmission du VIH qui frôle le zéro absolu). Et c'est parce que nos autorités sanitaires pensent que nous passons notre temps à nous en**ler sans capote qu'elles préfèrent se passer de notre sang par exemple. Ou de nos reins.
Mais alors quoi ? On devrait pouvoir donner ou pas ? Prenons une autre statistique. Le nombre de partenaires sexuels par exemple. Je mets un "s" directement parce qu'on sait quand même bien que les HSH, ça fait l’amour tout le temps, avec n'importe qui et n'importe où. Voilà sûrement un résultat qui va définitivement nous reléguer au rang de vilain petit canard au sang de bourbe.
Et bien encore une fois, non. En Belgique, environ un quart des répondants n'ont eu qu'un seul partenaire ou pas du tout au cours des 12 derniers mois. Un quart. Soient 955 personnes. Imaginez, sur un an, ça fait quand même 3.820 pochettes de sang en plus pour aider des gens (à raison de quatre pochettes par an ce qui est le maximum autorisé) … mais bon … "On n'en veut pas, c'est trop risqué, vous êtes pas fiables…".
Un troisième résultat intéressant concerne le pourcentage de HSH qui ont pratiqué la pénétration anale sans préservatif avec un partenaire dont ils ne connaissaient pas le statut sérologique ou dont le statut était positif dans l’année écoulée. L’enquête montre qu’un quart des HSH belges sont dans ce cas. C’est beaucoup, c’est trop et c’est irresponsable ! Mais il faut souligner aussi que trois quarts des répondants évitent parfaitement de prendre un tel risque.
Enfin, pointons encore un dernier résultat, relatif au dépistage. En Belgique, vous êtes près de 50% à avoir fait un dépistage du VIH dans les 12 derniers mois. C’est beaucoup plus que la moyenne européenne qui se situe à 35%. On peut donc se féliciter que dans notre pays l’accès aux tests, y compris de manière anonyme et gratuite, soit relativement bien compris et utilisé. Enfin, il y a encore du chemin ! Que font les autres, 50% ? On se le demande. Connaître son statut sérologique, c’est vraiment indispensable. Non seulement pour soi-même, afin de suivre les traitements adéquats. Mais aussi pour éviter d’infecter les autres. Et pour qu’on cesse de dire que tous les gays sont des inconscients.
Pour ceux qui souhaitent en savoir plus, il y a d’autres données dans les deux feuillets réalisés par EMIS que vous pouvez télécharger ici (le premier rapport EMIS étant disponible ici) en attendant le rapport complet annoncé dans le courant de l’automne.
La Belgique manque cruellement de ce type d’études qui permettent d’appréhender plus finement la réalité du VIH chez les gays et les bisexuels. Et force est d’avouer que la prévention et la lutte contre le VIH doivent constamment se réinventer, particulièrement au vu des derniers rapports épidémiologiques.
Vincent Bonhomme
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